ATLAS DE LA CRÉATION CARIBÉENNE CONTEMPORAINE
JEAN-FRANÇOIS BOCLÉ
MARTINIQUE / 1971 - 2026
« ... pour Boclé, la résistance a cessé d’être une option puisque son corps fonctionne comme une sorte de Parangolé ¹ » Jaider Orsini, 2017.
ATLAS DE LA CRÉATION CARIBÉENNE CONTEMPORAINE
MARTINIQUE / 1971 - 2026
« ... pour Boclé, la résistance a cessé d’être une option puisque son corps fonctionne comme une sorte de Parangolé ¹ » Jaider Orsini, 2017.
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Artiste martiniquais né à Fort-de-France, installé à Paris depuis l’âge de 17 ans, il développa une œuvre traversée par les questions de colonialité, de mémoire, de langage et de circulation.
« 13 années d’exil me revenaient aux tympans. »
Jean-François Boclé, Chroniques d'un ACTE en retour, 2024.
Après des études de littérature moderne à la Sorbonne, il se forme à l'École nationale supérieure d'art de Bourges (1992-1995) puis à l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris (1995-1998).
Sa pratique traverse l'installation, la performance, la vidéo, la sculpture, le dessin et l'écriture poétique.
Il est décédé le 11 mars 2026 dans son atelier parisien, à 55 ans.
Site : jeanfrancoisbocle.com
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Ses installations reconstituent par la matière ce que l'histoire coloniale a produit de plus irréversible : accumulation, saturation, disparition.
Tout doit disparaître ! (2001), océan de sacs plastiques bleus envahissant l'espace d'exposition jusqu'à l'irrespirabilité, en est la démonstration la plus directe.
Le titre emprunte au vocabulaire des soldes de liquidation, cette langue du capitalisme qui transforme toute chose en marchandise périssable. Sous la surface consumériste, c'est une autre liquidation que Boclé convoque : celle des corps, des langues et des mémoires que le système de la plantation a méthodiquement effacés. L'œuvre tient ces deux temporalités simultanément : le présent du « chaos-monde global » et le passé de l'esclavage.
Cette matière historique coloniale (traités, codes juridiques, flux marchands, migrations forcées) demeure inscrite dans l"hétérogénéité du présent sous forme de pressions et de survivances. Le travail de Boclé la mobilise par des gestes d'écriture, de répétition, d'empilement et d'obstination qui déplacent les régimes habituels de visibilité.
Dans Outre-Mémoire et Tu me copieras, les mots sédimentent jusqu'à rendre les textes presque illisibles. Le texte devient force matérielle, produisant des opacités et des zones d'indétermination. Il s'oppose de fait à une vision transparentaliste.
Le corps apparaît comme espace de traversée des violences coloniales, approché par ses traces, ses empreintes et ses absences plutôt que représenté directement. Dans ses performances, souffle, fatigue, répétition des gestes et dépense physique deviennent des agrégateurs de mémoire.
La cuisine et les pratiques culinaires occupent une place singulière. Dans Colombo IN Colombo et Political Jam, le curry, la banane, le sucre et les épices fonctionnent comme archives matérielles des circulations coloniales. La digestion et la transformation y deviennent des opérations politiques.
Enfin ses installations mobilisent des matériaux ordinaires (cartons, emballages, drapeaux, objets de consommation) où se condensent la configuration du monde, histoires de commerce, de déplacement et de violence économique. La liste des lieux traversée par l'œuvre - Tenochtitlan, Berlin, Valladolid, Yalta, Davos - dit que l'histoire des dominations est une histoire de partages imposés, et la Caraïbe en est le lieu de témoignage le plus transformatif.
Caribbean Hurricane - constellation de ventilateurs portant des bandelettes aux couleurs politiques - matérialise la Caraïbe comme espace de forces contraires où destruction et résistance utilisent les mêmes ressources. Cette bipolarité n'est pas une impossibilité : Boclé travaillait vers ce qu'il nommait « la possibilité d'un Nous »*.
Sa posture d'artiste tenait dans une formule : « L'artiste est là-ailleurs. Là-ailleurs, parce que cela déborde, parce que l'espace même échappe, parce que la transe restitue, sépare, rassemble et éloigne. »
« C’est très dérangeant d’être dans un contexte si proche mais d’être comme sourd et muet. »
Jean-François Boclé, Chroniques de la possession, 2022.
Le travail de Jean-François Boclé circule dans une constellation critique afro-diasporique et décoloniale dépassant le seul cadre caribéen. Il participe à Le Manifeste de la Cité dans le jour bleu à Dak'Art 2016, aux côtés notamment de Barthélémy Toguo et Myriam Mihindou. Cette inscription apparaît également dans Expression(s) décoloniale(s) #3 au Musée d’histoire de Nantes (2023), où Barthélémy Toguo l’associe à Kara Walker, Rosana Paulino, Monica Toiliye et Moreira Chonguiça afin de dialoguer avec les collections coloniales du musée.
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01 — Tout doit disparaître ! (Everything Must Go!)
2001 — Installation, sacs plastiques bleus haute densité.
Œuvre matricielle autour de l’accumulation, de la mémoire matérielle et des économies de disparition.
02 — Tu me copieras
Années 2000 — installation vidéo
Travail sur la répétition, la transmission contrainte et les formes d’apprentissage colonial.
03 — Consommoms racial
Années 2000 — Projet sériel
Déplacement critique des objets ordinaires vers les imaginaires raciaux et marchands.
04 — Colonial Revival,
Années 2000 Projet sériel, objets trouvés, dessins, photographies. Présenté au Bildmuseet, Umeå, 2008
05 — I can't (t) breathe,
2024 Projet site-specific, Théâtre de la Ville, Paris Hommage à Frantz Fanon.
06 — Chroniques de Bengué, 2023-2024 Projet d'exposition et texte poétique-narratif Maison des Arts de Malakoff, France.
04
« Un artiste peut être violemment dans l’implicite comme il peut aussi pratiquer l’explicite. »
Jean-François Boclé, Chroniques ordinaires de la CENSURE, 2024.
Unity is submarine, 2016
Le travail de Jean-François Boclé en conversation avec celui de Minia Biabiany, avec qui il forme un duo artistique entre Martinique et Guadeloupe, lors du vernissage de la Xe Biennale Centraméricaine à San José, le 31 août 2016.
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Biennales
1re Biennale de Thessalonique, Grèce, 2007
10e Biennale de La Havane, Cuba, 2009
31e Biennale de Pontevedra, Espagne, 2010
8e Bienal do Mercosul, Porto Alegre, Brésil, 2011
11e Biennale de La Havane, Cuba, 2012
1er Encuentro Bienal del Caribe, Aruba, 2012
43e Salón (Inter)Nacional de Artistas, Medellín, Colombie, 2013
3e Biennale de Nantes, France, date non précisée dans les sources
4e Colombo Art Biennale, Sri Lanka, 2016
Biennale Centroamericana, Costa Rica, 2016
Dak’Art - Biennale de l’art africain contemporain, Dakar, Sénégal, 2016
SubaBiennale, Sénégal, 2016
5e Kochi-Muziris Biennale, Inde, 2022
Expositions institutionnelles
Bildmuseet, Umeå (Suède) - exposition monographique "I Did Not Discover America", 2008
Queens Museum, New York - Caribbean : Crossroads of the World
Saatchi Gallery, Londres - Tout doit disparaître !
Van Gogh Museum, Amsterdam - Gauguin & Laval in Martinique (œuvre contemporaine en dialogue)
Maison des Arts de Malakoff, France - Chroniques de Bengué, 2023-2024
Théâtre de la Ville, Paris - I can't (t) breathe, 2024
Collections publiques
FNAC - Fonds National d'Art Contemporain, France
Saatchi Collection, Londres
Mémoriaux
Présélectionné, Mémorial de la traite des esclaves, Tuileries, Paris
Finaliste (2e place), Mémorial de la traite des esclaves, Amiens
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Pour Nucoo, l'œuvre de Jean-François Boclé se situe au carrefour de plusieurs lignes de pensée contemporaines - la colonialité, l'écologie politique, les circulations diasporiques, les économies de la mondialisation - sans appartenir à aucune d'elles exclusivement. Il produit, par la matière, le geste et la pensée, le « tiers-espace » où ces lignes se rencontrent et deviennent sensibles. Il est identifié comme acteur des dialogues transatlantiques autour de mémoire, langage, déplacement et héritages coloniaux
« Mes ateliers se nomment “Questionner en rezistans II”. »
Jean-François Boclé, Chroniques de Mamoudzou.
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Site officiel de l'artiste, jeanfrancoisbocle.com
AICA Caraïbe du Sud, "Tout doit disparaître !", 2015
Madinin'Art, "acte en retour : Jean-François Boclé", 2006
Madinin'Art, "Pour un Mémorial en hommage aux victimes de l'esclavage", 2016
Madinin'Art, "Tout doit disparaître, l'art comme mémorial des violences de l'histoire", 13 mars 2026
Slaveries : Revue française d'études caribéennes, OpenEdition Journals, "La peau morte de l'écriture. Un entretien avec Jean-François Boclé", 2022
Jean-François Boclé, "Chroniques de Bengué", Maison des Arts de Malakoff, 2023-2024
Jaider Orsini, Artishock Revista, 2017
Bildmuseet, Umeå, I Did Not Discover America, 2008
Queens Museum, New York, Caribbean : Crossroads of the World
Saatchi Gallery, Jean-François Boclé
Maelle Galerie, Jean-François Boclé
Citation de Jaider Orsini, Jean-François Boclé. Le territoire où la mémoire s’implante, 2017.
Odile Biec, « Outre-Tombe - Outrage - Outrance », dans Outre-Mémoire - Jean-François Boclé, catalogue monographique, Centre d’art contemporain Le Parvis, Ibos, 2005.
Évelyne Toussaint, « Elías Heim, Jean-François Boclé, Mounir Fatmi : l’art, aujourd’hui, dans sa fonction critique », dans Les Formes contemporaines de l’art engagé, La Lettre volée / ISELP, 2007.
Jan Erik Lundström, « Boat is a boat and is not a boat », texte pour le solo show de Jean-François Boclé à Art Brussels, Gallery Nomad, 2010.
Jean-Louis Poitevin, « L’autre face du masque blanc », dans Escaut. Rives, dérives, catalogue du Festival international de sculpture contemporaine, 2011.
Rajesh Punj, « Colombo IN Colombo », texte sur la performance Colombo IN Colombo, Colombo Biennale, Sri Lanka, 2016.
Jaider Orsini, « Jean-François Boclé. Le territoire où la mémoire s’implante », Artishock Revista / La Revista Latitud / El Heraldo, 2017.
Mirna Boyadjian, « Monochrome-moi », texte critique autour de l’exposition Monochrome-moi, 2018.
¹ Parangolé : ensemble d’œuvres performatives et corporelles développé par Hélio Oiticica, lié à une recherche de liberté d’expression, de désinhibition et de participation du corps.
Lire aussi : Le bleu dans la Caraïbe et l'Amérique noire, entre protection, mémoire et cosmologie
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Activisme · Mémoire · Créolisation · Violence · Colonialisme · Écologie · Résistance