Pour NUCOO, Robert Radford apparaît comme l’un des artistes guadeloupéens ayant formulé la douleur de l’exil avec le plus de frontalité. Son œuvre conserve, sur plusieurs décennies, un lien vivant avec la Guadeloupe.
« Je fonctionne à la nostalgie. »
Edward Said, dans Réflexions sur l’exil, l’a formulé avec une précision cruelle : l’exil est « la fissure inapaisable creusée entre un être humain et son lieu natal, entre le moi et sa véritable demeure ».
Chez Radford, cette fissure traverse sa trajectoire : elle lie Pointe-à-Pitre, la maison perdue, la mer, l’enfance, Gorée, la mémoire noire et le retour impossible.
« J’aurais pu racheter cette maison, mais à Pointe-à-Pitre, je n’en suis plus dépositaire. »
L’œuvre de Radford semble ainsi porter implicitement une pensée plus vaste : celle d’une peinture profondément ancrée dans une généalogie caribéenne, mais dont la charge mémorielle, l’expérience de l’exil et la question du retour excèdent leur seul territoire d’origine pour rejoindre une expérience plus large du déplacement et de la perte.
Citations Robert Radford, entretien avec Sophie Ekoué, RFO, 15 avril 2005.