Par Gladys Acramel - Avril 2026
Beldy Bourguignon, connue sous le nom d'artiste Bel Art, est une artiste guadeloupénne émergente dont la pratique picturale explore l'identité africaine-diasporique à travers les corps ritualisés, les motifs symboliques et la mémoire des peuples.
POÉSIE DU REGARD
Acrylique sur toile ·70 x 90 cm · 2024 © Beldy BourguignonLa peinture de Beldy Bourguignon est une peinture de portraits.
Des figures isolées, sans contexte narratif, qu'elle structure par la couleur.
C'est celle-ci qui organise la composition, conditionne la lecture, et décide du régime de présence de chaque figure.
Le regard, récurrent dans ses œuvres, est le point d'articulation de l'image entière, là où se joue la relation entre la figure et celui qui regarde.
Le point le plus intéressant de son travail est révélé par certaines de ses représentations aux peaux vertes, roses ou bleues.
Dans cette œuvre intitulée «Poésie du regard», elle peint une carnation bleue. Beldy Bourguignon retire à la peau noire sa couleur naturelle pour lui substituer un bleu-cyan ombré de bleu céruléum qui s'impose sur un fond rouge saturé.
Son geste, accompli par intuition picturale, rejoint une question que la peinture contemporaine afro-américaine formule depuis deux décennies.
L'afro-américaine Amy Sherald (née en 1973) l'a posée en utilisant la grisaille pour représenter les tons de peau d'américains noirs ordinaires, faisant de la peau une matière chromatique autonome et non une donnée identitaire.
Les figures imaginées par Beldy Bourguignon s'extraient ainsi du registre documentaire.
PERLES PUISSANTES
MÉMOIRE SOUS EFFACEMENT
Quelles soient d'ivoire, d'ébène, d'or, d'argent, de rocaille ou de terre cuite, l'histoire des perles excède celle des conquêtes mondiales.
Chez les Krobo du Ghana dont la tradition perdurait depuis le XVIIe siècle, les perles adiagba fabriquées en verre recyclé étaient incessibles. Elles se transmettaient uniquement de génération en génération, exposées lors des funérailles en souvenir des ancêtres.
Des perles qui convoquent les héritages spirituels, esthétiques et politiques de l'Afrique subsaharienne, aux «perles de traite» acheminées par bateau des pays européens vers les terres africaines ou américaines et valant monnaie d'échange dans la traite négrière, les perles entretiennent une relation particulière avec les corps noirs.
Dans cette œuvre en noir et blanc, l'artiste pare sa figure d'un système d'attributs souverains : couvre chef, colliers, tabliers. Chaque élément semble participer d’un régime de signes.
Après avoir déplacé la peau noire vers des registres chromatiques, elle la confronte, dans cette œuvre, à un noir travaillé par la lumière.
La figure couronnée, centrale, se tient dans une ambivalence : celle d'une généalogie affirmée et en partie absorbée.
L'artiste engage ici un régime de visibilité propre, où le sujet se construit dans une tension entre apparition et effacement.
À cinq ans de pratique et sans formation académique, Bel ouvre un chantier de forme et de sens que nous regardons prendre corps.